Oser être triste, parfois….

J’ai travaillé un temps auprès de familles en grande difficultés éducative et d’enfants ayant subi de graves maltraitances. Il était très difficile pour les travailleurs sociaux, face à tant de noirceur, tant d’impuissance à « effacer » ces blessures faites aux enfants, qu’elles soient physiques au psychiques, de s’avouer parfois malheureux. Si l’on se compare à un enfant abusé, comment oser dire que l’on se sent mal dans sa vie? Pourtant il est connu que dans ces métiers de la relation d’aide, il y a nombre de résilients. Ces résiliants ne sont pas les plus tendres, du moins pas forcément. Pourquoi? Parce que lorsqu’on « s’en est sorti » on ne comprend pas que l’autre ne s’en sorte pas. Ainsi il y a eu une vague, surtout lors des premiers ouvrages de Boris Cyrulnik, ou le mot résilience était employé à tort et à travers. Presque comme un synonyme de « force supérieure », ce qui est fort loin de ce que les chercheurs en psychologie entendent par résilience. Etre résilient ou ne pas être, voilà l’injonction qui primait ensemble et se plaindre, voire, pire, être dépressif, est signe de faiblesse d’incapacité à la résilience. Pourtant certaines personnes n’ont pas la chance de bénéficier de nourritures affectives leur permettant d’être résilients ou de rencontrer un tuteur de résilience au bon moment. La résilience a failli devenir un étalon d’adaptation au monde, une sorte de facteur de darwinisme social. D’ailleurs, comment retrouver un état d’équilibre antérieur au traumatisme, si l’on est né dans le chaos? Le tabou de la plainte, l’interdiction faite à l’adulte en souffrance de parler de ce qui ne va pas, sous risque d’être marginalisé . Regardez autour de vous et voyez comment une personne repérée comme dépressive ou déprimée voit  son entourage s’éloigner peu à peu dès lors que l’on sait qu’elle est « en dépression ». Tous les amis fuient (il y a toujours des exceptions). Vous rendez-vous compte, « ces gens », ne sont pas gais, ils voient tout en noir, ils vont vous tirer vers le bas! Peut-être même qu’un psycholgoue institutionnel vous conseillera de « vous protéger » et de vous éloigner de cette personne en souffrance; C’est devenu une sorte de « normalité »: on ne « laisse pas tomber les gens » on « se protège ». Il m’est arrivé d’être tantôt d’un côté tantôt de l’autre. Je me suis retrouvée moi même dans une situation où j’ai intuitivement senti que je devais prendre sur moi et de pas montrer ma détresse qui était pourtant grande, car sinon j’allais faire fuir mes amis qui avaient l’habitude de venir chez mon époux et moi même essentiellement pour faire la fête. En très peu de temps, j’ai perdu mon petite frère à l’âge de 26 ans, j’en avais trente moi-même. Nous étions très liés, et j’ai eu l’impression qu’on m’arrachait une part de moi. Tous ces possibles qui lui étaient otés, cette vie dont il était privé alors même que le peu de temps (c’est peu, 26 ans) qu’il avait passé parmi nous n’avait pas été vraiment facile! Perdre son unique frère est un traumatisme. Mais perdre un fils aussi. Tout le monde s’accordera pour dire qu’il y a une hiérarchie dans la souffrance. C’est fou, mais c’est une des lois incontournable. Mes parents étaient ceux qui souffraient et qu’il fallait aider car « perdre un enfant il n’y a rien de pire »…. J’ai donc pris sur moi, accordant pas une minute à ma peine qui semblait une poussière dans l’oeil à côté de la leur, pour aider mes parents à s’en sortir. Nul ne prenait jamais de mes nouvelles et je trouvais cela normal. On me donnait sans cesse des leçons pour être la meilleure fille du monde, j’étais une sorte de servante. Je n’ai pu faire le deuil de mon frère. Ou, devrais-je dire, le deuil de mon frère, le manque de lui est devenu permanent. Je ne lui ai jamais dit au revoir….

Mes parents se sont très vite entre déchirés, ne supportant pas d’avoir eu à accepter le débr&nchement » de mon frère. Ma mère n’avait plus envie de vivre et reprochait la mort de mon frère à tout le monde; Elle se mit à boire très vite, bien que je ne le découvrit que plus tard; Mon père a fui la maison pour s’abriter dans les bras d’une amie d’enfance qui el faisait voyager, et, partant du principe halucinant qu’un deuil c’est un an, elle espérait le retourner  à terme, car c’était son amour d’enfance. Mais mon père ne voulait pas entendre parler de la fin dudeuil, il voualit toujours se souvenir de son fils. Et sa mère, « Mamie Jane », dans une institution près de Marseille, est décédée quelques jours après mon frère. Comme si elle avait senti quelque chose, comme si elle savait que quelque chose « d’impossible » était arrivé, quelque chose d’insupportable. Ce fut trop pour lui. Mon père s’est suicidé par autolyse en septembre 2001. Nous nous étions disputé au téléphone, car il trouvait que je devais tout laisser tomber, y compris le travail, mon couple, pour m’occuper de ma même, pendant que lui refaisait sa vie. Je lui avais pour la première fois de ma vie raccroché au nez . Je ne l’ai revu que dans le coma, il y est resté deux moi, puis mort. Ma mère y allait tous les jours. Cette perte était insupportable alors je ne l’ai pas « supportée », à la place, et cela sembla normal à tout le monde, je me consacrai à contemplé l’horreur que vivait ma mère: elle venait de perde en un an et quelque: son fils et l’amour de sa vie. Ma présence ne suffit pas à lui redonner le goût de vivre, il faut bien le dire. Même si je lui en veux toujours d’être partie elle aussi, à son tour, et m’avoir laissé toute seule, je peux le comprendre.

Alors oui, j’étais triste, je me retenais de pleurer mais j’étais triste, ma vie tombait en poussière et le summum, ce fut lorsue ma mère fut hospitaliés pur une infection pulmonaire, consciente; Le lendemain, on m’appela au travail me disant de venir rapidement; Elle était morte dans la nuit; Je fus accueilli par une médecin qui m’agonit d’injure car il estimait n’avoir pas eu toutes les infos; Il avait pratiqué un acte médical qu’un personne ayant sa maldiede coeur ne pouvait supporter; Comment cela était possible? Ma mère était consciente hier, j’avais amené tout ses papiers, ou était l’erreur? Personne ne s’intéressa à ce qui pouvaitbien me passer par la tête; J’étais dans une autre dimension, voiyant qu’on ne me laissait pas la voir, j’ai repris la voiture et suis partie à la maison. C’était irréel; Je n’cceptait toujours pas la maldie de mon frère, mon incompatibilité de moelle osseuse, je devait accepter que mon père avait été si mal qu’il avait préféré mettre fin à ses jours et constater que ma mère, ma mère, celle pour laquelle j’avais choisi de déménager pour qu’elle ne soit jamais seule, ma mère aussi s’en éatait allée, je ne voyait pas ce qui pouvait être cohérent, pouruqoi et comment autant de choses pouvaient arriver à une eprsonne en si peu de temps.

Je choisis de repartir au travail, mais je manquais d’entrain, bien que travailler me permit de vire. Je pleurais parfois devant les clients (je travaillais dans un grand magasin de produits culturels). Je fus plus humiliées et maltraité que jamais par l’équipe et même jugée « mauvaise fille », sans trop savoir pourquoi. Je ne refusais jamais les heures supplémentaires, il est vrai. Travailler était devenu mon oxygène. La vie n’y était pas agréable mais elle était  » autre »Je fis ma première dépression et pendant mon absence, quelqu’un me remplaça, qui tapa dans l’oeil du chef de servir, il fallait à tout prix que maplace soit livre; Aussi quand je revins, je fus reçue avec des menaces, dans un climat de harcèlement moral; Mon médecin eut du nez et me mit aussitôt en maladie; Cela mis des mois, puis je perdis enfin un travail que j’aimais, mon premier CDI. Les choses sont ainsi faites. Les personnes accablées sont détestées et ne font absolument pas pitié: ce sont les maillons faibles. Nos amis de fêtes nous snobèrent, me reprochant même de trop m’écouter et de manquer de volonté pour m’en sortir. C’en fut trop, je ne pouvais conserver l’amitié de telles personnes, même pour éviter d’être seule. Seuls, d’ailleurs,c ‘est exactement ce que nous fûmes, mon mari et moi. Au chômage, en deuil, seuls, avec des problèmes de santé.

Aucune aide de nos familles, juste de la jalousie pour les malheureux biens dont nous héritions, mais pas d’aide morale ni même pour nous endetter à régler les sépultures, traiter les papiers, payer les factures. Tout ce que je sus de la famille, c’était ce qu’elle avait toujours pensée de moi: paresseuse, égoiste: je n’avais pas choisi le bon cercueil, le bon cimetierre, etc…Et autres horreurs dont j’ai mis des années à me sortir suite à un long travail thérapeutique.

Pourtant, je sais que j’aurais du m’autoriser à vire le processus du deuil de mon petit frère auquel j’étais terriblement atttaché; Ces adieux étaient importants et me manquent encore à ce jour. heureusement ces adieux j’ai pu les faire à mon père (même s’il était dans le comma) et à ma mère (enfermée dans unsace noir en plastique pour cause legionnellose; Mon beau père ne comprenait pas que je fus si molle au lieu d’attaquer l’hôpital pour faute. Mais je n’en voyais pas l’intérêt; La récompense eut été de l’argent, cela me sembalit sale; Ce que j’eux voulu qu’on rende, c’étaient les miens, si imprfaits qu’ils fussent, ils me manquent toujours atrocement, même dix ans après;

Et il fallu rester digne duran tles enterrements, alors que j’avais envi de hurler et de me rouler dans la roue, d’aller dans le trou avec eux, d’y creuser la terre…..Celà ne pouvait pas arriver ce n’était pas possible, cela n’est jamais arrivé; C’est arrivé.

En cette période là, j’ai su dans ma chair que l’on ne pouvait pas compter sur des humains, en cas de circonstances dramatiques, pas sur vos proches. Des inconnus, c’est étrange, font parfois plus preuve de compassion que vos meilleurs copains. C’est peut-être de la que vient la plus grande raison d’espérer.

Donc vous n’avez pas le droit d’être triste: vous perdez vos amis, votre job et votre famille ne vient plus vous voir parce que vous leur rappelez de mauvais souvenirs (authentique, dit par la plus jeune soeur de ma mère); Ma famille c’était celle qui est sous la terre, un point c’est tout; Et mon univers, la seule personne sur qui je puis compter, c’est mon mari; Mon mari que mes amies me reproche de voir trop souvent. Ne comprennent-elle pas que sachant ce qu’est la mort, son silence, je ne veux rater aucune occasion de passer du temps avec lui?

Lui me laisse être triste parfois et ne m’oblige pas à feindre le bonheur pour m’aimer; Ainsi, il a pu le faire refleurir, à force d’amour et de patiences. Aucune amitié dans ma vie ne m’a jamais montré un si beau visage de l’humain dans ce qu’il a de beau et de profond. Aprè 20 ans de vie commune et nombre de disputes très dramaturgiques et italiennes, il est le seul humain que j’aime voir le matin et le soir, le seul avec lequel je n’ai pas de masque à porter.

J’ai donc attendu plusieurs années et d’avoir déménagé à100 km de chez moi pour oser faire le deuil de mon frère de ma famille et de ma grand-mère cette grand mère atypique, farfelu, moderne, qui m’a tellement aimée que même l’amour bizarre et peu généreux de mes parents ne m’a pas effacer entièrement. Mamie Jane; Parfois, prononcer son nom, seulement prononcer son nom, m’apaise. ET je porte presque tous les jours sa bague de saphyr noir qu’elle aimait particulièrement car mon grand père la lui avait offerte pour une occasion particulière. Mamie Jane. Mamie Jane qui pleurait beaucoup, mamie Jane qui voulait souvent se tuer, mamie Jane qui s’est éteinte comme pour ne pas enterrer son fils et son petit fils alors même que parfois elle dialoguait encore avec son époux bien aimé qu’elle regrettait de n’avoir pas assez aimé; Mais comment peut-on aimer assez?

Pleurer ses disparus, c’est aussi de l’amour, un amour dont aucune convention sociale ,i aucune dictature de la fête ni la dysneilandisation du monde ne devrait vous priver.

Le décès des anciens et des parents vous invite à faire un saut dans le penser, pour les ranimer dans votre esprit, les rappeler encore un peu. Les frasques de l’un, tel fou-rire avec l’autre, les mimiques de mamie Jeanne, l’humour de Wilfried, l’anxiété maternelle de maman, le talent et le besoin d’amour de papa. Il ne faut pas enfouir tout cela, il faut le vivre comme une noce avec l’autre monde, des aurevoirs, une reconfiguration de la famile, comme un mariage, un baptême….

Il ne faut jamais s’interdire d’être triste. Peu importe si l’on vous fui. Car vous n’êtes pas seul vous restez avec vos fantômes chéris, ils reviendront à travers un écrit, une lettre découverte, quelqu’un qui leur ressemble, un bon souvenir après la peine, un objet symbolique….famille, rejet, marginalité, injonction à la résilience.

Les véritables ressources de survie de la condition humaines, sont en vous; Moi, en plus j’ai mon chéri donc j’ai beaucoup de chance et j’essaie à mon tour d’être aussi sa bulle étanche contre les bruits du monde, car sa vie est loin d’être facile; Nous parlons ensemble du bonheur, en ce moment, il a trouvé que c’était une très bonne idée, mon projet bonheur; Je le connais et il me connait. Il doit juste se demander: est-ce qu’elle va aller jusqu’au bout?Comme pour ses études, ou ses romans, ou bien va-t-elle oublier un jour qu’elle a un prjet en cours, comme d’autres écrits jamais fini qui resntent dans les tiroirs……Nous verrons bien…. Il a promis de ne pas me cocher, parce que la dernière fois qu’il m’a cocher, c’était pour un roman, il me faisait vivre une terreur. Or nous avons décidé que désormais, on roulait pour le bonheur et la vie plus facile. Avec aussi un brin d’auto-dérision.

Bonne nuit!

Ces écrits sont protégés et soumis au droit d’auteur; Il faut donc me contacter pour s’y référer.

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